« Charest doit agir en premier ministre », par Valérie dufour



14 avril 2010 - Le rôle le plus important du premier ministre du Québec est celui de garantir l’intégrité du gouvernement. Pour qu’une démocratie fonctionne, il faut que les citoyens respectent ses institutions et qu’ils aient confiance aux systèmes politique et judiciaire. Sans cela, c’est l’anarchie.

Jean Charest doit cesser de jouer à l’autruche et déclencher une commission d’enquête sur le financement des partis politiques et sur les allégations de fraude et de collusion dans le milieu de la construction. Il n’a moralement pas le choix parce qu’il est le premier ministre de tous les Québécois.

Cette semaine, les déclarations fracassantes de son ex-ministre de la Justice sur un possible trafic d’influence dans la nomination de juges ont fait déborder le vase. On peut douter des allégations de Marc Bellemare, qui est ressorti plutôt amer de son bref passage en politique, mais quel intérêt aurait cet avocat à inventer une telle histoire ?

Certes, Me Bellemare reste vague en ne désignant personne, en ne donnant ni date ni montant précis, mais il a tout de même été le procureur général en chef du Québec pendant un an. Alors quand il affirme qu’on lui a forcé la main pour nommer deux magistrats et que M. Charest était au courant de cette irrégularité, il y a lieu à tout le moins de fouiller le dossier.

Quelqu’un ment

De toute façon, ce qui est le plus inquiétant, c’est que la population est loin d’être convaincue que c’est le ministre déchu qui ment dans cette affaire. Selon un sondage Angus Reid mené pour le quotidien La Presse, 60 % des Québécois croient en effet M. Bellemare. Normalement, un premier ministre bénéficie à tout le moins, vue son autorité morale et sa valeur d’homme d’État, d’une longueur d’avance point de vue crédibilité. Il ne semble pas que ce soit le cas cette fois-ci. Et le dépôt d’une poursuite de 700 000 $ en diffamation pour museler Marc Bellemare ne fait que contribuer à l’impression que M. Charest a quelque chose à cacher.

En fin de semaine dernière, près de 50 000 personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer le dernier budget libéral. Une grosse manif. Un lourd signal pour un gouvernement. Et ce n’est pas parce que les gens ne reconnaissent pas que les finances publiques ne sont pas en santé, c’est parce que les citoyens ne croient pas que Jean Charest et son équipe vont faire le travail.

Peut-on les en blâmer ? Cela fait des mois que des allégations de corruption dans le monde de la construction font surface dans les médias et à l’Assemblée nationale. Jusqu’à ce qu’une commission indépendante prouve le contraire, la population est sous l’impression que nous payons 30 % de plus sur les chantiers publics du Québec parce que les entreprises de construction s’entendent entre elles avant de répondre aux appels d’offres.

Garderies et compagnie

Et c’est sans parler des troublantes révélations sur l’octroi de permis de garderie à des donateurs du Parti libéral du Québec. Est-ce un hasard si, selon une compilation effectuée par le Parti québécois, 21 propriétaires de 18 garderies privées ont donné pour près de 55 000 $ à la caisse libérale entre 2003 et 2008 ? Est-ce par conviction politique ou ont-ils monnayé leur générosité ?

La question se pose. Quand il y a un parfum de scandale dans l’air, il embaume toutes les pièces de la maison et il n’y a pas que les rumeurs de collusion et de favoritisme qui font tiquer l’électorat.

Une autre histoire où les électeurs ont eu l’impression de se faire passer un sapin ? Les changements au régime pédagogique adoptés en catimini. Ces modifications permettront aux écoles juives hassidiques d’ouvrir leurs portes la fin de semaine et pendant l’été. Contrairement à ce que prétend la ministre de l’Éducation, elles n’ont pas été adoptées dans le but premier de permettre aux écoles à vocation particulière de laisser leurs élèves faire des stages ou pour lutter contre le décrochage scolaire. Pourquoi ne pas avoir dit la vérité dès le départ ? Les gens ne sont pas dupes et ils se disent maintenant que si on leur ment pour ci, alors on doit forcément le faire pour ça.

Pour Jean Charest, il est temps de dissiper les doutes. Il est temps de faire le grand ménage du printemps dans les affaires de l’État. Faut-il rappeler au premier ministre qu’il a peut-être remporté les élections de décembre 2008, mais que le taux de participation a atteint un triste record en franchissant à peine la barre du 57 %. Il faut remonter à 1927 pour trouver pire.

Selon un sondage Léger Marketing publié lundi dans Le Devoir, le taux d’insatisfaction à l’égard du gouvernement Charest s’établit maintenant à 77 %. Si le PM veut ramener ce score à une marge respectable, il doit regagner la confiance de la population. S’il n’a rien à cacher et s’il n’a vraiment rien fait de mal, son gouvernement devrait s’en tirer qu’avec quelques égratignures. Mais il nous faut une commission d’enquête plus large que celle sur les nominations à la magistrature.

Source : Rue Frontenac

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